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Faut-il déclarer les crypto-actifs même sans vente ?

Faut-il déclarer les crypto-actifs même sans vente ?

L’essor des crypto-actifs a profondément modifié les habitudes d’investissement des particuliers. Pourtant, une interrogation revient systématiquement : faut-il déclarer ses crypto-actifs même lorsqu’aucune vente n’a été réalisée ?

En réalité, le droit fiscal distingue clairement la possession d’un portefeuille de crypto-actifs et leur taxation effective.

La détention n’est pas imposée en tant que telle : ce sont les opérations de sortie ou d’utilisation qui déclenchent l’impôt.

Ce qui déclenche réellement l’imposition

Le régime fiscal applicable aux crypto-actifs repose sur un principe central : l’imposition intervient lors d’une cession.

Sont notamment considérées comme des opérations imposables :

  • la conversion en monnaie ayant cours légal (euro, dollar…) ;
  • l’achat d’un bien ou d’un service payé en crypto-actifs ;
  • l’échange avec soulte entre crypto-actifs et autre contrepartie ;
  • certaines opérations assimilées à une vente économique.

En revanche, certains échanges internes entre crypto-actifs peuvent bénéficier d’un mécanisme de neutralité temporaire.

Le point clé n’est donc pas la détention, mais la “sortie” du système crypto vers une valeur économique réelle ou consommée.

Quelle fiscalité en cas de vente ou d’utilisation ?

Le régime fiscal appliquée à la plus-value dégagée, c’est à dire la différence entre le prix d’acquisition et le prix de revente, dépend de la nature de l’activité du contribuable.

1. Investisseur particulier

Pour un particulier agissant dans le cadre de la gestion de son patrimoine privé, les gains relèvent du régime des plus-values sur actifs numériques.

Depuis 2023, deux options existent :

  • Imposition forfaitaire à taux fixe 12.8%;
  • Ou option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu.

À cela s’ajoutent les prélèvements sociaux au taux de 18.4%. Ces plus-values entre dans le revenu fiscal de référence et peuvent déclencher ou augmenter la CEHR ou CDHR.

La taxation globale peut ainsi s’avérer significative, d’où l’importance d’anticiper et de gérer efficacement les opérations de cession.

2. Activité assimilée à une pratique professionnelle

Lorsque les opérations sont réalisées dans des conditions proches d’une activité de trading structurée (organisation, outils professionnels ou volumes importants quelle que soit la fréquence), le régime peut basculer vers une imposition en Bénéfices Non Commerciaux au régime réel ou micro.

Cela concerne également les activités de minage ou de validation de transactions.

3. Crypto-monnaies reçues gratuitement ou en échange de services

Les actifs numériques peuvent également être obtenus sans acquisition classique (airdrop, récompenses, minage).

Dans ces situations :

  • La valeur d’entrée dans le patrimoine peut être nulle ;
  • Et l’imposition intervient de même lors de la cession ultérieure sur la plus-value dégagée en fonction de la nature de l’activité du contribuable.

Même en l’absence d’achat initial, une taxation peut donc apparaître lors de la sortie.

Faut-il déclarer ses crypto-actifs sans vente ou utilisation?

C’est ici que réside la principale zone de confusion.

1. L’absence d’impôt ne signifie pas absence d’obligation déclarative.

Les comptes ouverts auprès de plateformes d’échange étrangères doivent être déclarés à l’occasion de la déclaration annuelle des revenus. Cette déclaration ne porte pas sur le montant des actifs détenus, mais uniquement sur les informations relatives au compte (date d’ouverture, identité et adresse de la plateforme gestionnaire ainsi que le numéro de compte).

Ces obligations sont distinctes de l’imposition des plus-values.

2. La logique de l’administration : transparence des flux

Le cadre réglementaire évolue vers une transparence renforcée des opérations.

Les plateformes d’échange seront progressivement tenues de transmettre des informations détaillées sur les utilisateurs et leurs transactions (achats, ventes, transferts, valeurs détenues).

L’objectif n’est pas de taxer la détention, mais de permettre le contrôle des opérations réalisées.

Les crypto-actifs ne sont pas imposés en tant que patrimoine dormant. Leur fiscalité repose sur un principe simple : l’imposition intervient lors des flux sortants ou des conversions économiques. Ainsi :

  • la détention est neutre fiscalement ;
  • les cessions et utilisations sont taxées ;
  • les obligations déclaratives évoluent vers davantage de transparence.

Dans le domaine des cryptoactifs, de nombreux investisseurs hésitent à matérialiser leurs gains en raison de la fiscalité applicable aux plus-values. Cette réticence conduit fréquemment à une situation paradoxale : les plus-values restent latentes et donc purement théoriques, tandis qu’elles peuvent se réduire, voire disparaître, en cas de correction du marché. L’investisseur adopte alors une posture d’attente, espérant un retour des cours à leurs niveaux précédents, sans pour autant procéder à des arbitrages lorsque cette remontée se produit, de peur de déclencher une imposition. Il en résulte un phénomène de “détention subie”, où le portefeuille devient prisonnier des fluctuations du marché et des considérations fiscales.

Dans ce contexte, il est essentiel d’adopter une approche disciplinée de prise de bénéfices, consistant à sécuriser régulièrement ses gains et à accepter le principe de l’imposition comme contrepartie de la performance réalisée. Un accompagnement par un conseiller en gestion de patrimoine permet alors d’optimiser ces arbitrages et d’intégrer la fiscalité dans une stratégie globale cohérente et maîtrisée.

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Miriam Meffre

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